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Thérapie familiale à domicile… pourquoi ça marche?

Madame S. me contacte, très stressée, pour me demander de l’aide, car il n’y a plus de communication entre les membre de la famille. Personne ne s’écoute plus selon elle.

Le couple S. gère l’entreprise familiale. Ils ont 3 filles de 4 à 12 ans. Je propose de venir chez elle afin de voir toute la famille en même temps, histoire de comprendre ce qu’il se passe. Et pour réunir toute une famille, rien de mieux que d’aller directement sur place. Madame S. me précise qu’elle et son mari sont des hypers actifs, qu’à priori c’est génétique, car les grands parents des 2 côtés le sont aussi. Bref, c’est une famille qui bouge vite et sans arrêt. Le mot d’ordre est : « surtout ne jamais rester sans rien faire! »

Le fait d’aller au domicile, me permet d’appréhender beaucoup mieux l’environnement dans lequel le problème existe parce que les patients s’autorisent beaucoup plus choses que s’ils venaient à mon cabinet. Ils font « comme à la maison ». La manière dont ils me font entrer chez eux, l’endroit où ils me font assoir, les gestes et attitudes qu’ils vont adopter, seront autant d’indices qui me permettront de mieux comprendre le contexte dans lequel le problème se développe.

Lorsque j’arrive chez Madame S., ils m’installent dans un très grand salon, avec au milieu un immense canapé en U, posé autour d’un épais tapis. A peine me suis-je assise, que les 2 parents m’expliquent qu’il faut que je trouve une solution car plus personne ne s’écoute et que cela va les mener à la rupture. Dès le problème énoncé, Madame S. se lève et part en me disant qu’elle a un important coup de fil à donner.  Le papa tient en place 3 minutes de plus puis s’en va à son tour. Pendant ce temps, les enfants jouent ensemble, sautant sur le canapé, faisant la chenille sous le tapis…bref, en quelques minutes, toute la famille s’est mise à s’agiter dans tous les sens. Les parents font des apparitions ponctuelles durant lesquelles j’essais de leur poser des questions qu’ils n’entendent pas, crient aux enfants de se calmer et repartent. Je pose également des questions aux enfants, qui, entre 2 acrobaties, tentent de me répondre sans avoir véritablement écouté.

A la 3ème séance du même type, je constate qu’effectivement, la communication est impossible. Pour créer une prise de conscience familiale percutante, je ne laisse pas aux parents le temps de partir. Je me jette sur le tapis en faisant des rouler/bouler, tout en posant des questions à chacun d’eux. Je gesticule dans tous les sens, je saute à cloche pied, bref, je m’agite autant qu’eux lors des séances précédentes. Toute la famille est sidérée et surtout totalement immobile sur leur canapé. Le papa me dit d’une petite voix, qu’il n’entend pas mes questions. Alors je m’arrête, me rassois et les regarde en leur disant que je n’ai fait que reproduire leur mode de communication, espérant qu’à un moment donné ils m’entendent. Et enfin, on a pu vraiment commencer un travail.

Cette petite histoire permet de comprendre l’importance d’une thérapie dans son contexte. Si la famille était venue dans mon cabinet, elle se serait contenue, et la prise de conscience aurait été plus lente.

Toutes mes interventions à domicile ouvre le champs des possibles. Cela m’oblige à faire preuve de créativité, et trouver de véritables outils pour permettre à chacun de mieux comprendre les système dans lequel le problème existe, et pouvoir ainsi le changer.

Annick Pochet – Thérapeute en psychologie systémique